Le rire accède aux nerfs
Caroline Sagot Duvauxroux
Le frère et la soeur dans la peur
Marie-Magdeleine Lessana
Des pommes et des oranges, Californie : I-Berkeley
Christophe Lamiot
On était sans espoir et sans peur
Judicaël Mouron
Les pupilles de ma soeur
Angel Parra
Noli me Tangere
Pascal Boulanger
Impressions, soir venant
Florence Trocmé
Bruit de bottes
Bernard Moreau
La peur
Toni Negri
La grande peur
Charles-Mézence Brizeul
La peur
Brigitte Cyr
Peur
Gilles Cheval
Mémoire sur la peur
Alexis Philonenko
Chanson d'Antioche
Richard le Pèlerin (?)
Recencions :
Rose et Madeleine
Fabienne Yvert et Véronique Vassiliou
L'écriture desportée
Bernard Desportes
La parole derrière les verrous
Nathalie Riera
Tu-rare
Paul de Brancion
La tête de l'homme
Florence Pazzotu
On a peur de mourir, de souffrir, de perdre… Tout cela si partagé du monde des vivants. De puissants intérêts jouent a vec nos incertitudes pour nous conduire par des chemins qui ne conviennent pas à notre humanité. On brandit l’épouvantail de la crise, du terrorisme, de la perte irrémédiable d’un supposé bien-être. L’unique chose au fond qui nous soit proposée est de vivre dans la peur ou bien de lutter contre elle. C’est un choix simpliste, peut-il être efficace ? Le petit Hans avait la phobie des chevaux, son père, avec l’aide de Sigmund Freud, a trouvé le fil et su rétablir la juste proportion des choses, alors la peur de l’enfant a disparu. Demain sera fait de notre capacité à ne pas nous dérober, à ne pas nous laisser emporter par ce sentiment primitif, liquide, sans pour autant nous réfugier dans un ordre disproportionné. Le monde a commencé sans l’Homme, il finira sans lui, dit le célèbre ethnographe contemporain que nous célébrons. Le Cri d’Edvard Munch a été volé, il ne faut pas pour autant ramper à même le sol au milieu de nos craintes.
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Le rire accède aux nerfs / étalonnage des ravages / âme soif avant les muscles /
bras d’abord ou les cuisses / la langue en dernier / l’effroi / lézards sous la peau des bi et triceps / langue bat pensée comme une campagne / on tremblotemente dans dissimuler /
rien ne vous m’ôte de sauvage peur / juste à côté du sentier / dedans c’est pareil /
c’est comme à côté / c’est inaccessible / à côté n’accoste pas / on est pris au mot
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Les deux ouvriers se nommaient Omar et Talaj, je les adorais. Un jour, ils ont décidé de nous offrir des pigeons, à mon frère et à moi, leurs petits chéris. Il y en avait un gris et un blanc. Omar m’a fait choisir. Pour moi le blanc était le plus beau, mon préféré. Comme j’aimais tellement mon frère, j’ai pris le gris afin que mon frère ait le plus beau sans le lui dire. Cette petite manœuvre par laquelle je me sacrifiais pour lui disait déjà la torsion de l’amour dans laquelle je m’étais mise. Je ne sais pas si mon frère a jamais su mon subterfuge. Le roucoulement des pigeons est demeuré un tendre signe.
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Des pommes et des oranges, Californie : I - BerkeleyRisky Run Beach
Dunes.
Ne reste que dunes.
Soleil couché le sable déjà plisse en imprévisible,
par branchages,
les épines qui pourraient nous rentrer dans le pied
comme dans l’état de Wyoming –
il a fallu pour retirer celle-là acte chirurgical ;
c’est pourquoi,
la Dasher dissimulée sous les arbres près de la route,
dormons tournés le long des
dunes.
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c’était la vie
la vie les pieds devant
c’était brûler la nuit
à tombeaux ouverts tous phares éteints
c’était chevaucher les abîmes en riant à gorge déployée
rouler des pelles à la grande faucheuse la main dans sa culotte
trompe le monde et trompe la mort
on était des hommes de proie
des petites fautes de frappe
de mauvaises graines ?
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Les pupilles de ma soeurSes pupilles sont devenues rouges un 24 juin, la Nuit de la Saint-Jean. Il faut que vous sachiez que dans mon pays, la Nuit de la Saint-Jean est une nuit magique. Entre onze heures et minuit, le figuier se met à fleurir, mais la floraison ne dure que quelques secondes. Or, cet instant fugace est décisif pour faire un vœu. C’est infaillible et ça ne rate jamais. À condition, évidemment, de disposer d’un logis avec jardin, et d’un jardin avec figuier. Or, il est épuisant pour les enfants de veiller aussi tard, et il arrive que ceux-ci, mi-figue, mi-raisin, s’endorment juste avant l’éclosion de la fleur. L’an dernier, précisément cette nuit-là, ma petite sœur est restée éveillée, en mastiquant des feuilles de coca que l’oncle Alberto avait rapportées de Bolivie.
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Un oubli de ma propre obscurité est-il maintenu
quelque part
dans un autre royaume ?
Je cherchais un centre où aller, d’où revenir…
un espace complet pour rêver et m’inventer.
La voix s’est égarée en chemin.
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Rétrospection
27 novembre 2006
Le 27, éprouvé de la peur à l’idée du carnet du soir, miroir obscur, confrontation terrible au rien de soi, au rien à sortir de soi. Faire le constat, comme après l’accident. Regarder la casse. C’est toi, ça, portières enfoncées, moteur explosé, volant tordu ? Tu balaies la journée des yeux, chasses les vieux mégots et les petits sachets de sucre à demi entamés. Beaucoup de feuilles mortes pourries dans des flaques croupies. Voisinent de force avec tout l’hétéroclite du rebut, du rejet, vieux papiers, cadavres de verre, de carton et de métal, bribes & fragments, morceaux & coupures. Et l’eau de la flaque ? Pisse de chien, essence, huiles, sang, débâcles égoutières, dilutions chimiques, restes de pluvailles.
Alors, c’est ça ta journée, tes laisses de mer ?
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Bruit de bottes, extrait de "Les cailloux du Poucet" Argument
Et maintenant qu’ils sont sept, et neuf
avec les deux ignorants qui pour quelques
besoins de leur humaine nature ont trouvé
à les faire et s’entretuent à vouloir
ensemble les élever et les perdre,
fonder famille et la détruire, surveiller et punir…
Chanson
(doucement, à mi voix, dans le
style vieille chanson française)
C’est la maison de l’ogre
il mange les petits enfants
« Je sens la chair fraîche
la chair fraîche te dis-je »
Le plus cruel des ogres
est loin d’avoir de la pitié
ces si friands morceaux
il les dévore des yeux
Il prend un grand couteau
il l’aiguise sur une pierre
qu’il tient à main gauche
et il empoigne un enfant…
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En ce qui me concerne, par exemple, après avoir relu ces deux grands auteurs, Spinoza et Goethe, amis de ma vie et de ma pensée, je ne parviens pas à me satisfaire de leur définition de la peur. À un certain moment de ma vie, j’ai été incarcéré au motif d’accusations qui n’avaient aucune vérité, mais qui établissaient de terribles horizons de souffrance et de peine. J’eus peur. C’était une peur complètement séparée de l’espoir. Il y avait assurément, dans ma peur, des éléments d’incertitude, de doute, mais plus que des morceaux* d’espoir, c’étaient de claires manifestations de vérité qui me soutenaient et me poussaient à rester en vie. La peur fut alors complètement scindée de l’espoir, la sagesse et la puissance de vivre n’oscillaient pas entre la peur et l’espoir mais, sombrant dans des tourbillons d’incertitude, se projetaient en avant, dans des tensions extrêmes de volonté et de savoir. *en français dans le texte
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« Dieu n’est pas un poulet frit »
c’est ce que dit le si bel oracle
ses prêtresses en short ultra moulant sexy
le haut n’en parlons pas
répandent des parfums qu’allons-nous ouvrir ?
affronter ?
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La peur « Le soleil ni la mort ne se regardent fixement »
La Rochefoucauld – Maximes
La ville où il habite est une ville aplatie par la peur mais elle ne le sait pas c’est une ville qui se croit raisonnable, les canards et les cygnes s’y promènent paisiblement, les gens y parlent morale, bienséance, chocolat et argent. Le malentendu est à tous les coins de ses rues.
Il y habite depuis longtemps en être atypique d’un pays avec lequel il n’a pas grand-chose à voir quoi qu’il en dise. Et la peur, dieu sait s’il l’a connue !
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D’innombrables peurs nous attendent. Des frayeurs sans nom à n’en plus finir, fardées de sourires, maquillées en objets anodins. En frôlements sans conséquences et diverses approches.
Autant d’angles acérés qui nous guettent, de décharges suspendues au bout de nos doigts, de chaleurs étouffantes à l’affût du moindre signe d’érosion. Sans compter l’air qui cherche à nous manquer, et le froid qui ne tardera pas à fendre nos visages.
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Mémoire sur la peurOn devrait bannir le mot peur de nos écrits et de nos mémoires. J’écris avec soin le mot peur car ce n’est pas un concept comme les autres. Partout présent, il tend à montrer qu’aucune peur n’est semblable à une autre, qu’en dépit de la ressemblance les prédicats finissent par se disloquer et qu’il est même exagéré de parler d’expérience. Tout expérience correspond à un divers qui peut être parcouru, lié, assemblé et dans cette opération qui la constitue, même si la matière en venait à échapper, il subsisterait encore des phénomènes de liaisons fonctionnelles, que Kant appelle l’affinité transcendantale. Le propre de la peur est de se dérober, de ne posséder aucune affinité transcendantale et d’échapper au discours.
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Chant V
Je veux maintenant vous parler de l’armée des chrétiens qui campe hors les murs. Les vivres manquent ; c’est la famine ; on ne sait plus quoi faire. Le seigneur Pierre l’Ermite était assis devant sa tente ; le roi Tafur vint le trouver, escorté d’au moins mille des siens : tous ont le corps gonflé d’inanition. « Conseillez-moi, seigneur, par charité, car nous mourons de faim et de misère. – C’est bien votre faute. Qu’attendez-vous pour prendre ces cadavres de Turcs qui gisent là ? Salez-les et mettez-les à cuire : ils seront bons à manger – Vous avez raison », dit le roi.
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