N°7 : Capital

Éditorial

Capital
Katherine L. Battaiellie

Est-ce elle ?
Catherine Reider

Les Kâma Sûtra
Vâtsyâyana

Anoxie
Valérie Meyer

Nathalie Gassel : l'effacement de l'icône
Jean-Paul Gavart-Perret

La vie de Benvenuto Cellini

Lectures capitales
Matéi Visniec

Capital
Sylvie Chenu

Vermeer : le visible et l'invisible, la destruction de la pensée
Jean-Paul Gavart-Perret

Case Studies
Eva-Maria Riegler

Des ombres vertes
Stéphane François

La bise noire
Françoise Andribet

Correspondance
Max Alhau

Une éducation bourgeoise au XVIIIe siècle
Madame Roland

Capital et autres scènes
Luc Louwette



Éditorial

On peut supprimer le capital, on ne peut pas supprimer le travail. Le contraire aurait été plus amusant. Il nous semble que de grands efforts doivent être faits pour revenir aux sources. Nous ne pouvons pas mettre le nez dehors sans avoir à souffrir du sentiment permanent des choses mercantiles. Aussi avons-nous décidé, en guise d’éditorial, de citer simplement deux auteurs qui nous tiennent à cœur, Antonin Artaud et Gérard de Nerval, dont les œuvres nous semblent capitales.   « Vous n’êtes pas libres, la conscience apparente est une façade sur vous jetée par des singes, de vieux et astucieux ouistitis. Ce n’est pas sérieux, alors tournons la page et regardons mieux ce qui se passe.   Ça va mal, très mal, épouvantablement mal, pourquoi ? Parce que la vie telle qu’on la voit n’est pas la vraie, elle est une illusion, cela est dans les livres, mais c’est de la philosophie.   Et maintenant, assez de plaisanteries et de sornettes, et assez de tartufferies, mais assez surtout de  De quoi ? bordel de dieu ? Ici un mot me manque qui m’a manqué dans la vie chaque fois que j’ai voulu accuser une certaine chose. » (extrait de la conférence du Vieux-Colombier)

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Capital
Katherine L. Battaiellie

2 Il y a encore un capital, des capitaux. Mais plus de capitalistes. Rangé aux rayons des termes désuets, son emploi (naïf, provocateur, ironique) prête à sourire.

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Est-ce elle ?
Catherine Reider

J’ai, j’ai eu beaucoup d’enfants, toutes ces traversées me tendent autant de miroirs en forme d’enfantillages. Rien à faire, je suis leur mère et il n’y a pas moyen de revenir en arrière de cette histoire sans fin. Ce sont surtout des filles, je dois le constater, et chacune un prénom différent. Cette mémoire sans cesse exigée de moi m’épuise, je suis parfois lasse d’être cette vache à amour d’enfants…

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Les Kâma-Sûtra
Vâtsyâyana

… C’est pourquoi un homme distingué doit choisir une jeune fille noble, dont les parents sont estimés et dont il soit l’aîné d’au moins trois printemps. Elle doit appartenir à une famille respectable, fortunée, très connue, très entourée d’amis et de parents, issue de deux lignées fertiles, posséder beauté et vertu et avoir sur son corps les dignes de bon augure ; les dents, les ongles, les oreilles, les yeux et les seins juste dans les normes, ni plus ni moins ; un corps en parfaite santé. L’époux sera sur le même modèle, bien fait, savant et vertueux.

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Anoxie
Valérie Meyer

Je souffre
d’anoxie
La couleur brune
Je soufre d’anoxie
La couleur
brune
remontée
de
des
parvenue
jusqu’à
je souffre
nous
comment
respirer …

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Nathalie Gassel : l'effacement de l'icône
Jean-Paul Gavard-perret

… Autobiographie, fiction, journal, poème, fragments, son livre est tout cela et plus. Mais il existe avant tout la force d’une écriture qui transgresse les tabous sans propension au voyeurisme, sans panégyrique hétéro, bi ou homo, mais dans la simple volonté de faire parler LE corps ou tout au moins DU corps …

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La vie de Benvenuto Cellini

(en France, durant le règne de François Ier) « Notre roi très chrétien vous a spontanément alloué le même traitement qu’au peintre Léonard de Vinci, soit sept cents écus par an. Il vous paiera en tout ce que vous ferez pour lui et, en signe de bienvenue, il vous offre une gratification de cinq cents écus d’or ; il a donné l’ordre qu’elle vous soit versée avant votre départ d’ici ».

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Lectures capitales
Matéi Visniec  

Je suis très fier : j’ai onze ans et je viens de publier un poème dans la revue de l’école. C’est plutôt une version simplifiée d’une fable que j’avais lue en prose : « le corbeau et le renard » d’un certain La Fontaine. Je vis dans une ville qui n’est pas trop grande, juste à la frontière avec un pays qui est très grand et où on parle la langue russe.

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Capital
Sylvie Chenu

Cap Aux Petits Instants Tatoués Aux Larmes

… La nuit est douce,
les parents se font violence de l’autre côté du mur,
la nuit est douce,
les copines sont rentrées chez elles,
elles ont dit t’en fais pas,
elles ont dit ils vont bien finir par finir,
elle tripote ses petites tresses,
elle se balance,
elle pense, à tout ce temps devant elle,
ce temps qui lui reste à vivre,
elle hésite,
entre la panique
et la panique …

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Vermeer : le visible et l'invisible, la destruction de la pensée
Jean-Paul Gavard-perret  

… S’il y a quelqu’un de fou, c’est lui : il se surprend à peindre ce qu’il a du mal à voir. Émerge cette figure ailleurs qu’en lui qui le saisit de crainte, oui une figure émerge où il est tout en n’y étant pas. La vision du peintre n’est donc pas une vision sur le dehors mais sur le dedans. Le monde n’est pas devant lui (en représentation), il naît de ce monde par concentration, venue à soi du visible …

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Case studies
Eva-Maria Riegler  

Capital - un souvenir

Le point de départ de ce projet est mon premier souvenir d’enfance. À trois ans, je fus hospitalisée. Je me souviens des pièces de l’hôpital, surtout celles du pavillon où j’étais. Je ne peux pas me souvenir des gens qui étaient là à l’exception de ma mère. Quand elle me rendait visite, elle ne pouvait pas rentrer dans ma chambre car j’étais contagieuse, en quarantaine, mais mon petit lit était alors poussé jusqu’à la fenêtre du balcon au travers de laquelle je pouvais la voir.

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Des ombres vertes
Stéphane François

Des ombres vertes coulaient le long de la portée. Des gouttes de son d’un noir répétitif mordaient ma peau. Au soir, le bleu incandescent d’une trompette de jazz nimbait de brumes ma frêle complexion. Quelques soubresauts, puis je m’éteignais dans les profondeurs d’une plainte.

La nuit parle au pluriel.
La nuit unit les riens, les couples, les sens.
Mystérieuse anagramme d’une synopsie révolue.

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La bise noire
Françoise Andribet

… Après le café, ils avaient emprunté des routes d’une autre époque, des routes têtues où le temps stagnait, devenu si épais entre les haies que deux voitures ne pouvaient s’y croise. Par ici, par là, des fermes closes contre la bise noire venue du Nord, la bise stérile qui sèche les terres. Et ils étaient arrivés Là. Là. Dans la ferme de pisé où il était né cinquante ans plus tôt d’une maîtresse femme et de son grand valet. Là. Elle se demande si son âme n’y demeure pas encore bien que depuis, son corps flotte dans sa vie, une vie comme un manteau trop grand qu’il n’arrive pas à remplir, froissée autour de lui comme un mauvais tissu. Elle veut voir, pour évaluer la nature de la place qui reste dans le manteau, pour comprendre où il est, ce qu’il aurait pu donner. Là …
 

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Correspondance
Max Alhau  

… Je dois vous informer que ce n’est pas délibérément que j’ai tué cet inconnu, mais je me trouvais comme ligoté par un chantage odieux. Raymond Sintès, ce souteneur notoire, cet être sans morale, lorsqu’il a été blessé, m’a ordonné de tuer son agresseur, faute de quoi il m’abattait. Je me souviens de ses paroles, elles raisonnent en moi aussi violemment que le coup de feu quelques instants plus tard : « J’ai été blessé par ce salopard d’Arabe, ‘est à toi de me venger, sinon un jour je te descendrai. Même si tu es arrêté et jugé, tu t’en tireras mieux que moi » …

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Une éducation bourgeoise au XVIIIe siècle
Madame Roland  

Ceux qui habitent la capitale, lors même qu’ils ne seraient pas de la première volée, ont une somme de connaissances et un genre de politesse qu’on ne trouvait assurément point ni dans les gentillâtres de province, ni dans les commerçants pressés de faire fortune pour acheter un anoblissement …

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Capital et autres scènes
Luc Louwette  

Nous étions de jeunes voyous, pas bien méchants. Juste un peu fauchés ce jour-là. Et nous nous demandions comment nous allions pouvoir rentrer chez nos mères, car, au fond, c’étaient elles qui lavaient notre linge et nous nourrissaient quand nous croyions avoir faim …

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