N°4 : Malin

Éditorial

Malin et demi
Béatrix Beck

Ce vide où va se créer le monde
Joël Jégouzo

La thèse
Claude Lafarge

Discours aux frénétiques
Pierre Bettencourt

Le pêcheur
Gilles Xenophoros

Un gamin hypocrite et farceur
Jean-Luc Moreau

Neuf mètres quinze
Olivier Targowla

Rencontre sur la rencontre
Alain Niderst - Alexis Philonenko

                                                                                                                 

Rennes-le-Château
Julien Cendres

 

Diabolo - Ex Machina
Maurice Benayoun



Éditorial

Nous souffrons de trop de malignité et tout à la fois de manque d’intelligence. Untel a cru habile de promouvoir son intérêt plutôt que celui du genre des hommes et c’est ainsi que lentement la géhenne a gagné du terrain.  Il y a tant d’indices qui montrent à quel point nous sommes possédés. Sarrazine n’est pas une revue maligne, c’est un laboratoire. Elle s’attache au mot, tourne autour et laisse dire sans tout dire. Il n’y a pas là d’entreprise luciférienne ou cornue. À tant fréquenter les anges, autant choisir les anges gardiens, la multiplicité, la diversité poétique de monde plutôt que sa frénisie.

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Malin et demi
Béatrix Beck

… Pieds fourchus, queue et cornes, attributs de l’animalité, proche de la bestialité, quoique les cornes du Moïse de Michel-Ange symbolisent en principe les rayons de la lumière divine.  Une après-midi où Gide assistait à la répétition des Caves du Vatican et où sa secrétaire (moi) était seule dans l’appartement, sonna un homme tiré à quatre épingles, genre employé endimanché, qui demanda de « dire au maître que le berger était venu » … 

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Ce vide où va se créer le monde
Joël Jegouzo  

… Point n’est besoin, dans la boue des tranchées ou sous le ciel de céramique bleutée des chambres à gaz nazies, de convoquer l’air noir et ses vents mauvais, Marduk, Ashara, Béhémoth, le griffon belliqueux ou Ku’urkil, le Corbeau de l’Iran de Tchouktches qui naquit une nuit, désespéré et rageur, d’un vêtement de renne abandonné avec mépris par le Créateur ; point n’est besoin, tant l’horreur se suffit, de convoquer les mauvais morts, les légions grimaçantes d’Ahriman surgies du crépuscule des dieux abolis ; ni le bestiaire de l’Abîme, ni les cartulaires de la Nuit ne sauraient égaler en terreur la damnation de l’homme jeté, seul, en pâture au Mal de la Faute. Quand il est question du Mal, la figure du Malin ne doit jamais venir trop tôt : tant qu’il y a l’homme, il n’y a pas Dieu. 

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La thèse
Claude Lafarge  

Assis dans la cuisine, coudes sur la table et les doigts croisés au)dessus de son assiette, François hésite encore. Trois jours maintenant qu’à chaque repas il reluque avec l’envie croissante d’y goûter la carapace brunâtre du Saint Nectaire sans oser y toucher : réminiscence d’interdits, désapprobation certaine de Christine, crainte que le palais ne désapprouve l’œil dans son choix. Finalement, le désir l’emportant, il ne peut se contenir davantage. Saisissant un couteau, il découpe une large portion de fromage dont il extrait srapidement la croûte avant de la porter à la bouche, timidement d’abord, puis avec détermination…

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Discours aux frénétiques
Pierre Bettencourt  

… Le scandale de la vie du Christ fut d’être un homme bien portant, le seul homme bien portant, le seul homme sensé qui soit jamais né de la chair au royaume de la concupiscence : celui qui s’était permis de ne pas passer par elle pour entrer dans son royaume. Tel était l’imprudent qui avait cru bon de prendre corps pour venir faire un petit séjour dans le grand hôpital de la concupiscence terrestre pour voir un peu comment les choses se passaient. Et qui à peine mordu à l’hameçon de la vie regrettait déjà le courant libre où il allait et venait à sa guise. Conditionné d ès le premier jour par son emballage, programmé de longue date par l’héritage génétique d’ancêtres qui déjà lui tournaient sa sauce, il irait de mains en mains, ballotté de croyances impudentes en savoir éhontés, avec peu de chance de se récupérer un peu.

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Le pêcheur
Gilles Xenophoros  

Pêcheur à quoi tu penses ?
En fixant le flotteur
D’un regard tant intense
Intense et scrutateur …

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Un gamin hypocrite et farceur
Jean-Luc Moreau

Où avais-je déjà vu ce visage ? Nulle part, assurément. Il m’était pourtant aussi connu que celui de mes proches. N’y manquait même pas cette insistance étrangeté qui, par vagues, bouleverse les traits les plus familiers pour en confirmer, au reflux, l’identité. Il ne me rappelait aucune de mes connaissances. Et ses clins d’œil et sourires appuyés n‘éveillaient pas l’ombre d’un souvenir en moi malgré leur insidieuse collusion. Un numéro de duettistes des plus remarquable. Se jouant comme il convient de l’alternance et de la simultanéité. Une pantomime de l’œil et de la bouche dont le leitmotiv se faisait clairement, et grossièrement entendre : « Alors, ça y est ? Tu me remets ? C’est que nous sommes de sacrés vieux complices, pas vrai ?

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Neuf mètres quinze
Olivier Targowla

… L’essentiel est de marquer. Mais en face il y a le gardien. Et lui peut deviner que si tu fais semblant de tirer à droite, tu vas tirer à gauche, donc il plongera à gauche et il arrêtera le ballon. De même si tu fais semblant de tirer à gauche. Si tu lui montres clairement que ton intention est de shooter à droite, il peut aussi en déduire que tu veux le feinter et donc lui faire croire que tu vas vraiment shooter à droite. Si tu tires alors à gauche, il peut plonger du bon côté et arrêter le ballon. De même si tu montres une intention de shooter à gauche …

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Rencontre sur la rencontre
Alain Niderst - Alexis Philonenko  

A.P : L’histoire de Œdipe, brutale, avec le hasard, dramatique, tragique plus tard … c’est en quelque sorte l’archétype de notre philosophie de la rencontre dans la civilisation occidentale, et elle a donné lieu naturellement à bien des explications de type divers, même psychanalytiques, comme on le voit avec Freud. La rencontre, c’est aussi, et je me reporte encore une fois au monde antique, tragique même, la rencontre de l’homme avec l’homme dans un duel à mort. Le sommet de l’Iliade est sans doute, parce que je ne suis pas sûr que cette opinion soit absolument régnante – la rencontre d’Achille et d’Hector sous les murs de Troie où Hector succombera devant le fils de Thétis, la déesse de la mer, et nous devons retenir de cet aspect de la rencontre qu’il signifie toujours une approche armée de l’homme par un autre homme, comme si le rapport d’hostilité était le premier par rapport au rapport d’amitié …  

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Rennes-le-château
Julien Cendres  

Sur le causse criblé de dolines et d’avens des Corbières cathares. Sur le territoire, puissamment érodé, de l’ancienne Rhedae, capitale wisigothique du Razès, quelques maisons agrippées à un escarpement de roche nue.

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Diabolo - Ex Machina
Maurice Benayoun

Il ne dit pas ce qu’il pense (ou alors il fait semblant). Mais ça n’est pas grave, et ce n’est pas une réponse. Quelle était la question ?
Il croit :
Le monde est écrit, son texte est un ensemble de lois simples.
Mais il pense aussi :
Le monde est une dérive de ce texte.
Le monde est un texte à la dérive.
Et encore : les règles sont simples et l’histoire en complique la lecture.
L’histoire est la lecture de ce texte.  

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